Écrire sa vie quand on n’aime pas parler de soi

« Je n’aime pas parler de moi »
« Je n’ai rien d’intéressant à dire. »
« Je n’aime pas me mettre en avant. »
« Je suis quelqu’un de discret. »

Des exemples de réserves que j’entends régulièrement, bien souvent prononcées par des personnes sensibles, habituées à écouter davantage qu’à se raconter. Des personnes qui ont parfois passé leur vie à accueillir les histoires des autres, sans imaginer un seul instant que la leur puisse avoir de la valeur.

Et pourtant…

Parler de soi ne signifie pas avoir un égo démesuré

De nombreuses personnes associent le récit de vie à une forme de mise en avant de soi. Comme si raconter son parcours revenait forcément à chercher la lumière ou à se glorifier.
Bien sûr, certaines biographies peuvent parfois répondre à ce besoin (j’en ai bien en tête quelques-unes !). Mais ce n’est pas la démarche qui m’anime.

Je m’intéresse plutôt aux personnes qui n’ont d’autre souhait que celui de partager une expérience humaine. Juste témoigner pour entrer en résonance avec d’autres. Un récit de vie, lorsqu’il est porté par cette intention, devient moins un exercice d’ego qu’un geste de générosité, un don de soi, voire un acte d’amour envers ses proches et parfois même envers des inconnus.

Les personnes les plus discrètes sont souvent celles qui portent les histoires les plus riches

Je peux vous l’assurer parce que j’en ai la preuve tous les jours dans mes accompagnements, les personnes qui me disent « je n’ai rien à raconter » sont souvent celles dont les parcours sont jonchés de multiples étapes, toutes plus riches les unes que les autres.

Non sans une certaine conviction, pour moi, les moments les plus riches d’une vie ne riment pas forcément avec exceptionnels ou spectaculaires. La richesse se cache souvent ailleurs : dans un détail, une sensation, une phrase entendue il y a trente ans, un petit événement qui, avec le recul, a changé beaucoup de choses.

C’est d’ailleurs une grande force des personnes sensibles et un immense cadeau pour moi : leur capacité à remarquer ce que d’autres auraient laissé passer. Il en découle des propos d’une nuance infinie, bien loin d’un récit purement factuel. On est dans du vivant, de l’incarné qui peut cueillir à coup sûr le lecteur.

Raconter sa vie, ce n’est pas tout raconter

Mettre en mots son parcours est une démarche engageante. On se livre à cœur ouvert, oui, mais dans le respect de ce qui veut être transmis. Même s’il serait parfois tenté de le faire, le biographe n’est pas là pour forcer la confidence, ni pour aller chercher à tout prix un événement caché.

Pour ma part, je m’attache à ne pas contraindre à dire ce qui n’a pas envie d’être dévoilé. Lorsque je ressens un sujet sensible ou un possible non-dit, je lance la perche, j’oriente mes questions pour inviter l’autre à aller sur ce terrain. Mais si je sens que ce n’est pas le moment pour lui, je respecte son silence.
Tant pis pour l’hypothétique épisode clé. J’avoue que la frustration peut être là, mais je me rappelle la base : qui suis-je pour décider de ce qui doit absolument être raconté ?

La personne qui confie son histoire reste toujours maîtresse de son récit. Elle choisit ce qu’elle transmet, ce qu’elle garde pour elle ; et même après retranscription, elle peut toujours modifier ou retirer certaines parties avec lesquelles elle n’est pas tout à fait à l’aise.

Vous l’aurez compris, une biographie n’est pas un confessionnal où tout doit sortir. C’est un espace de liberté.

L’astuce des réservés : commencer par parler des autres

Je vous livre un petit secret : lorsque l’on interroge une personne peu habituée à parler d’elle, elle va souvent contourner la question en évoquant un lieu, une situation, un souvenir extérieur à elle ou une autre personne.
L’astuce de bibi : laisser faire !

Déjà parce que nous nous racontons beaucoup à travers ce que nous avons aimé ou non, ce qui nous a marqué en positif ou négatif. Mais aussi parce qu’avec un peu de patience et une relation de confiance installée, sans même s’en apercevoir, la personne va progressivement venir à parler d’elle-même et de sa propre histoire.

Être véritablement écouté change le rapport à sa propre histoire

Nous avons souvent un regard plus dur sur notre parcours que celui que pourraient avoir les autres. Nous minimisons nos réussites et jugeons généralement trop sévèrement ce que nous considérons comme des échecs.

Alors, quand on perçoit en face de nous une écoute suffisamment bienveillante pour accueillir notre récit tel qu’il est, le rapport à notre propre histoire peut changer grâce à ce regard extérieur. Elle nous semblait totalement décousue et, soudain, quelqu’un en face de nous déroule la bobine avec une cohérence et une richesse que nous n’avions jamais remarquées auparavant. Alors, notre propre regard change inévitablement. Tout à coup, notre histoire a de la valeur et devient intéressante à nos yeux aussi.

Conclusion: bienvenue les discrets!

Ne pas aimer parler de soi n’est pas un obstacle à l’écriture de sa vie. Je dirais même que c’est le contraire. Il s’en dégage souvent un récit d’autant plus sincère, parce qu’il n’a jamais été préparé, éprouvé, remanié et régurgité de multiples fois par le passé. C’est brut. C’est authentique. C’est spontané. C’est tout ce qu’on aime !

Alors si vous vous classez dans la liste des personnes qui n’ont « rien à raconter », sachez qu’il suffit simplement d’une écoute attentive pour faire émerger tout ce que vous avez à transmettre.

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